Société civile au Niger : les Tchang, entre combat citoyen et combat politique

Dans une ancienne publication intitulé « l’univers des supers citoyens » j’avais soutenu qu’au Niger il est difficile de faire la différence entre le combat citoyen censé être l’apanage de ces regroupements des citoyens appelés organisations de la société civile et le combat politique qui ,lui est censé être le monopôle d’une autre catégorie de regroupements citoyens appelés partis politiques ; il  devrait donc avoir d’un côté les acteurs de la société civile dont le rôle doit être celui de la contribution dans le débat politique national et d’un autre côté les politiciens dont le rôle est d’animer le débat politique pour la conquête et l’exercice du pouvoir.

C’est qu’au Niger, tout se passe comme si les deux réalités constituent une même réalité ; un peu comme les deux faces d’une même pièce. Pour dire les choses terre à terre, au Niger, il est difficile de savoir la différence entre société civile et  parti politique.

La question est comment en est-on arrivé là ?

Pour répondre à cette question, il faut porter un regard sur l’histoire socio-politique du Niger pour noter qu’au départ du processus de démocratisation du pays les acteurs principaux qui animent les structures de la société civile et les partis politiques sont tous issus de ce qu’on appelait alors le camp du changement ou le camp des forces démocratiques et républicaines ;on peut en déduire qu’ils se connaissaient, qu’ils se côtoyaient et qu’ils nourrissaient certainement les mêmes ambitions : être les principaux acteurs ( ou bénéficiaires, c’est selon) du nouveau cadre politique national, y compris par la conquête et le contrôle du pouvoir politique.

Dans la poursuite de cette légitime ambition, il y avait ceux qui ont été plus courageux et plus audacieux ; eux, dès le départ, n’avaient pas fait mystère de leurs ambitions et avaient tantôt créé ou avaient intégré des partis politiques. Le moins que l’on puisse dire est que ces derniers ont pour la plupart réussi.

Il y a par contre ceux qui n’avaient pas eu ce courage ; ils n’avaient donc ni créé des partis politiques ni même rejoint les partis politiques par la suite. En ce qui les concerne, ils sont caractérisés par l’envie  et la haine des autres. Et parce qu’ils refusaient la réussite des autres, ils deviennent vulgairement complexés en refusant de croire que ceux d’entre eux qui avaient réussi politiquement ne sont ni plus courageux, ni plus intelligents et encore moins légitimes qu’eux.

Dès lors, ils s‘engagent dans un autre combat qualifié pompeusement de citoyen en se mêlant du tout et de rien avec toujours comme arrière pensée d’assouvir cette morbide ambition d’être les acteurs du destin national de leurs concitoyens. Et afin d’y arriver, ils ne ménagent aucun moyen ; ils sont prêts à tout y compris à remettre en cause le cadre démocratique qu’ils prétendent toujours défendre et qui constitue le fondement de leur action.

Dans cette posture démagogique, ils revendiquent la démocratie tout en appelant à sa remise en cause. En fait, de la démocratie, ils en font un double usage : l’utiliser pour atteindre leur but et la démolir lorsque celle-ci s’oppose à leurs intérêts. C’est dans cette logique qu’il faut inscrire les combats des Moussa Tchangari et consorts.

Soyons bien clairs ; personne ne conteste le passé de Moussa Tchangari même s’il est peu glorieux. Personne non plus ne conteste le rôle important de la société civile dans l’œuvre de construction nationale.

Mais personne non plus ne peut empêcher qu’on pose le débat sur l’impact du combat de la société civile dans la construction nationale tellement les motivations et les méthodes de certains de ses acteurs sont merveilleusement floues. Dans cette catégorie d’acteurs les plus emblématiques sont Moussa Tchangari et Ali Idrissa.

Parlant du premier, permettez que je vous raconte une anecdote que m’avait confiée un acteur de la société civile dont je tairai naturellement l’identité ; un acteur que Moussa Tchangari considère en effet comme étant un de ses proches. Voici la petite histoire : «  alors que la manifestation dite « anti-charlie » battait son plein, il( Moussa Tchangari) me fit venir dans ses bureaux d’alternative espace citoyen et me confia qu’il faillait qu’on s’organise rapidement pour prendre le pouvoir ; pour lui, les islamistes marchaient sur la Présidence et que le pouvoir est dans la rue ; il argumenta que dans tous les cas eux ( les athées) sont mieux que les islamistes ».

La suite est connue de tous et on peut dès lors imaginer la nième douloureuse déception de Tchangari et consorts. En rapportant cette anecdote, je voudrai juste mettre en lumière un trait obscur du personnage. En effet, pour Tchangari et les Ali Idrissa, il est juste inadmissible qu’on dirige le Niger sans eux !Ils veulent le pouvoir ; ils veulent l’exercer ; leur drame est qu’ils ne peuvent le conquérir par les urnes et la voie démocratique. Ils veulent y arriver en se couvrant des oripeaux des citoyens exemplaires et des démocrates infaillibles et en remettant en cause les principes démocratiques.

Et parce qu’ils pensent être plus intelligents et plus légitimes que les autres à qui les citoyens ont fait confiance (ce qui attestent par ailleurs qu’ils en sont juste plus minables), ils utilisent des procédés démocratiques pour démolir la démocratie qui les empêche de réaliser leurs fantasmes. En revendiquant la liberté d’expression et le droit au citoyen d’exprimer son mécontentement face à ce qu’ils appellent la dérive du pouvoir en place, ils appellent les citoyens à renverser le régime qu’ils ont élu pour leur confier la destinée du Niger.

De ce fait, ils font semblant d’oublier que la démocratie est un choix irréversible du peuple nigérien ; ils font semblant d’oublier que cette démocratie a des règles et des exigences ; ils font semblant d’oublier qu’une des règles et exigences de la démocratie est qu’en effet c’est le peuple dans sa majorité qui choisit ses dirigeants ; ils font semblant d’oublier que le choix du peuple, qu’il soit bon ou mauvais, c’est le choix du peuple et qu’en la matière ce choix est toujours bon. Ils font semblant d’oublier que quiconque aspire à diriger le Niger doit d’abord se soumettre à l’arbitrage du peuple souverain devant qui il doit se présenter et défendre un projet de société. Mais ils ne font pas seulement semblant, ils se savent minables et sont conscients que les nigériens ne pourront jamais se tromper à leur faire confiance. Et c’est de ce drame intérieur qu’ils tirent la substance qui nourrit la haine qu’ils ont contre Issoufou, ses camarades et tous les patriotes qui l’accompagnent dans la construction du Niger.

Et n’en déplaise à Tchangari et à Ali Idrissa, Issoufou n’est ni comme eux (car plus intelligent, plus courageux, plus vertueux) ni comme Ananbo. En effet, Issoufou a été président du plus grand parti politique du Niger d’aujourd’hui ; ce qui signifie que arithmétiquement il a le plus de citoyens nigériens qui lui font confiance plus que n’importe quel leader politique actuel ; et par conséquent le plus légitime à diriger le Niger. Issoufou n’est donc pas comme Ananbo qui « mange » l’argent du contribuable nigérien au nom d’une fiction à laquelle il ne croit pas lui-même, à laquelle il n’a d’ailleurs jamais donné sa voix à fortiori  pouvoir bénéficier  des voix des autres !

Tchangari, au cas où donc tu ne peux guérir de ta maladie à vouloir diriger le Niger, il n’y a qu’une seule option : reprendre ton poste de secrétaire général de l’ORDN et te présenter devant le peuple lorsque le moment viendra. Bien sûr, je suis prêt à parier que tu ne le pourras pas car tu connais d’avance les résultats des urnes en ce qui te concerne. En ce qui concerne ton autre ami Ali, je pense que lui, il a bien compris qu’il ne lui reste qu’à officialiser son adhésion à son parti.

 

Web Contributeur Adam Kiari