Massoudou Hassoumi: «Les Etats-Unis et la France doivent intervenir dans le sud de la Libye»

Au Niger, rien ne va plus entre le chef de l’Etat et le président de l’Assemblée nationale. Les deux hommes étaient pourtant alliés lors de la présidentielle de 2011. Mais aujourd’hui, le camp du président Mahamadou Issoufou porte des accusations graves contre Hama Amadou.

Une tension politique sur laquelle revient le ministre nigérien de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Massoudou Hassoumi. Ce proche du président Issoufou évoque aussi, au micro de Christophe Boisbouvier, les problèmes sécuritaires qui secouent sa région.

RFI : Le directeur du renseignement américain (DNI), James Clapper, affirme que le Sahel est devenu un « incubateur » pour les groupes terroristes et que les quatre pays les plus exposés aux risques d’une attaque sont la Mauritanie, le Mali, le Tchad et le Niger. Comment réagissez-vous ?
Massoudou Hassoumi : Je me méfie des généralisations. Dans un certain sens, il a raison, mais il faut restreindre ça. Il aurait dû de manière plus précise dire que le sud-libyen est un incubateur de groupes terroristes. Là, c’est précis. Mais la prise de conscience de la menace que constitue le sud-libyen est aujourd’hui assez forte, puisque la République du Niger, depuis un certain temps, a toujours stigmatisé cette zone, ce sanctuaire-là comme une menace. Aujourd’hui, nous avons l’impression que cela a été entendu puisque ce message est relayé par les officiels français, le ministre de la Défense, le chef de l’état-major de l’armée française, qui parlent même de la nécessité d’une intervention dans le sud-libyen. Donc ce message est entendu, cette intervention rentre dans l’ordre du possible. Les puissances qui sont intervenues en Libye pour renverser le colonel Kadhafi, à la suite de quoi la Libye est devenue aujourd’hui le principal sanctuaire terroriste, doivent faire le service après-vente. Et dans le cas de ce service après-vente, il est tout à fait légitime que la France et les Etats-Unis interviennent pour éradiquer la menace terroriste dans le sud de la Libye.

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Au Niger, vous avez accepté que l’armée française déploie des drones et des hélicoptères pour renforcer la surveillance des jihadistes. Est-ce que c’est le prix à payer pour éloigner cette menace ?
D’abord, ce n’est pas une question nouvelle parce que j’ai lu qu’il y a des bases françaises que nous avons autorisées au Niger. Ce n’est pas nouveau. Dans le cas de l’intervention française au Mali, des troupes françaises, des avions français, Niamey a construit une des bases de l’intervention française au Mali. Par conséquent, ce dispositif français et aussi américain était là depuis longtemps, était en place. Tant que cette menace existe, nous avons besoin de la présence de nos alliés, de nos amis pour participer à la lutte contre le terrorisme.

Est-il vrai que plusieurs officiers supérieurs de l’armée nigérienne sont mécontents de ne pas avoir été prévenus à l’avance du renforcement de ce dispositif ?
Mais ce n’est pas vrai. Ce dispositif existait depuis longtemps. Il y a deux ans que ce dispositif est en place dans le cadre de l’intervention au Mali.

Mais il n’y a pas de grogne dans l’armée ?
Il n’y a pas de grogne dans l’armée. L’armée, quand elle grogne, ça se voit. C’est une pure invention. L’armée a participé. Depuis que nous sommes là, il y a un Conseil national de sécurité qui se réunit tous les mardis, une fois par semaine avec l’ensemble des responsables militaires et des forces de sécurité. Et toutes les décisions sont prises dans ce cadre-là. Il n’y a pas eu de ressentiment quelconque au niveau de l’armée. Bien au contraire. Jamais l’armée nigérienne n’a été aussi équipée. Nous pensons que c’est de la propagande qui est faite. Vous voyez comment on peut manipuler, mais ces gens-là sont connus. Dans le désarroi, dans leur défaite politique, ils essaient de faire des appels du pied à l’armée, ce que nous n’acceptons pas. Ils seront démasqués et isolés comme tels.

Vous parlez de l’opposition ?
Je parle de Monsieur Hama Amadou et de Monsieur Seyni Oumarou qui, ouvertement, appellent à l’interruption du processus démocratique, du mandat démocratique régulier par l’intervention armée. Ils ont une démarche tout à fait irresponsable.

Vous parlez de Hama Amadou dans une interview à Jeune Afrique. Le président de l’Assemblée nationale s’étonne que vous ayez autorisé les Français à réinstaller une base au Niger sans consulter le Parlement ?
Mais il était là comme président de l’Assemblée. Ca fait deux ans qu’il y a des avions français à Niamey dans le cadre des opérations au Mali. Le débat parlementaire a eu lieu sur la situation au Mali. Le gouvernement nigérien était soutenu dans sa démarche, y compris avec lui. Maintenant, il essaie d’attraper n’importe quoi et fait feu de tout bois.

Quand vous accusez Hama Amadou et Seyni Oumarou de vouloir interrompre le processus démocratique, l’accusation est grave. Est-ce que ce n’est pas un peu fort ?
Ils l’ont dit publiquement. Attention , ce n’est pas moi qui les accuse, ils l’ont dit. Ils appellent à la haine ethnique. Ils appellent dans des meetings publics. Ils appellent à l’interdiction du processus démocratique par la force, ils le justifient et ils disent que c’est normal qu’ils le fassent. Ils le font publiquement.

En quelle langue ?
Dans la langue nationale, en zarma. Ils appellent aussi les gens à chasser. Ils considèrent que ceux qui sont au pouvoir actuellement sont des étrangers à Niamey, ils doivent retourner chez eux. Vous voyez ce genre de thématiques dangereuses que nous ne connaissons pas, que nous n’avons pas l’habitude de voir. Ce sont les premiers à le faire. Et j’en viens à la question des journalistes. C’est parce que ces journalistes-là ont relayé ce message publiquement dans des débats à la télévision qu’on les a mis en garde à vue pour les entendre.

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Reporters sans frontières a dénoncé un durcissement de votre gouvernement à l’égard de la presse ?
Justement, Reporters sans frontières n’est pas informé. Est-ce que le fait d’avoir la liberté d’appeler à la haine ethnique, la liberté d’appeler à l’interdiction du processus démocratique est permis aux journalistes ? Chez nous, la Constitution l’interdit. Le Code pénal le réprime. Donc, le procureur a demandé à les entendre. Il n’a pas fait de poursuites, il ne les a pas emprisonnés. Il les a libérés, mais c’est un avertissement. Personne ne sera inquiété, mais il y a des limites.

Hama Amadou est toujours président de l’Assemblée nationale. Est-ce que vous allez tenter de le faire tomber de son perchoir ?
Je pense qu’il ne mérite plus d’être président de l’Assemblée après avoir eu des propos séditieux et irresponsables. Donc les députés prendront leurs responsabilités le moment venu.

05 février 2014
Publié le 05 février 2014
Source : http://www.rfi.fr/afrique/