Entretien avec Monsieur Issoufou Mahamadou, candidat du PNDS Tarayya à l'élection présidentielle premier tour du 21 février 2016 : «J'ai un bilan, je pense avoir tenu mes promesses et j'ai aussi un autre programme pour tracer l'avenir de notre pays»

Monsieur Issoufou Mahamadou, bonjour. Vous êtes candidat à l'élection présidentielle, premier tour du 21 février 2016. Avec quel programme entendez-vous convaincre les électrices et les électeurs nigériens pour qu'ils vous accordent leurs suffrages ?
Je vous remercie. Avant de répondre à votre question, je dois rappeler que je suis effectivement candidat à l'élection présidentielle avec le soutien d'une quarantaine de partis politiques. Notre camp a pu réussir un accord dès le 1er tour. Nous n'avons pas attendu le second tour comme cela se fait d'habitude au Niger pour conclure un accord. C'est un élément important qui est un atout pour les prochaines élections.
Je me présente à cette élection avec un bilan. J'ai fait cinq (5) ans de mise en œuvre du Programme de renaissance qui est articulé autour de huit (8) priorités :
1.Avoir des institutions démocratiques fortes et stables ;
2.La sécurité ;
3.L'Initiative 3N (les Nigériens
Nourrissent les Nigériens) ;
4.Les infrastructures routières,
énergétiques et ferroviaires ;
5.La promotion de l'éducation ;
6.La santé ;
7.L'accès à l'eau pour la population;
8.La création d'emplois pour les jeunes en particulier.
J'ai mis en œuvre ce programme en réalisant toutes les promesses que j'ai faites au peuple Nigérien. Il était prévu que soient dépensés 6.200 milliards de francs CFA pour la réalisation de ces promesses. Il a été dépensé 5.800 milliards de francs CFA. Ça veut dire que nous avons exécuté le programme à hauteur de 94%, du moins en ce qui concerne l'exécution financière. En ce qui concerne l'exécution physique, nous avons réalisé pratiquement toutes les promesses faites aux Nigériens.
Pour répondre directement à votre question, le troisième atout dont je dispose est que j'ai un nouveau programme qui est le Programme de Renaissance 2 qui s'articule autour de huit (8) grandes priorités :
- La première priorité, c'est la Renaissance Culturelle parce que nous avons noté que plusieurs révolutions industrielles notamment ont été portées par un support culturel, que ce soit la première révolution industrielle ou la deuxième révolution industrielle ou même la troisième révolution industrielle qui est en cours. Nous voulons la Renaissance Culturelle du Niger afin que cette renaissance porte le développement économique de notre pays.
-La deuxième priorité de ce nouveau programme c'est toujours la Sécurité.
-La troisième priorité, c'est toujours les institutions démocratiques et républicaines,
-La quatrième priorité, c'est l'Initiative 3 N
-Les infrastructures, nous allons poursuivre les efforts engagés pendant le premier mandat
-L'éducation
-La santé
-L'accès à l'eau pour les populations
-La création d'emplois.
C'est cela le programme que je présente aux électeurs. C'est un programme qui est très détaillé que j'invite tous les électeurs à lire très attentivement. C'est un programme qui vient suite au premier programme de renaissance. J'ai fait le bilan également et j'invite les électeurs à lire attentivement le bilan des promesses que j'ai faites au peuple Nigérien.
Je viens à ces élections armé de trois arguments majeurs :
1.J'ai une coalition derrière moi qui me soutient. L'accord du premier tour est fait au lieu d'attendre le second tour ;
2.J'ai un bilan ; je pense avoir tenu mes promesses ;
3.J'ai aussi un autre programme pour tracer l'avenir de notre pays.
Monsieur Issoufou Mahamadou, comment comptez-vous mobiliser les ressources nécessaires, à la mise en œuvre de ce programme?
Ce nouveau programme a été chiffré parce qu'il ne s'agit pas de faire un programme et faire des promesses en l'air. Il s'agit de faire des promesses qu'on peut réaliser, qu'on peut aussi tenir. J'ai évalué ce programme. Le financement des huit priorités que je viens de citer se fera à partir des ressources internes et également à partir des ressources externes. Il se fera à partir des ressources internes à hauteur des 2/3 soit 66%. Je voudrais rappeler ici que le précédent programme a été réalisé à 73% avec les ressources internes.
Ces 2/3 des ressources internes que nous allons utiliser représentent 5.400 milliards de francs CFA. S'agissant des ressources externes, nous comptons mobilier 2.800 milliards de francs CFA. Si vous faites la somme ce sera 8.200 milliards de francs CFA. Ce sont ces 8.200 milliards de francs CFA que nous allons injecter dans la réalisation de ce nouveau programme de renaissance. Ces dépenses ont été réparties par priorité :
-La première priorité qui va requérir le maximum de dépenses sera l'Education. Nous allons consacrer 25% des ressources à l'Education.
-La deuxième priorité sera l'Initiative 3N (les Nigériens Nourrissent les Nigériens) qui va concerner 15% des ressources.
-La troisième priorité sera la Sécurité qui va consommer 10% des ressources
-La Santé qui consommera également 10% des ressources
-Les infrastructures à hauteur de 10%. Quand je parle des infrastructures, ce sont les infrastructures routières, ferroviaires et énergétiques.
-Ensuite, nous avons l'accès à l'eau pour les populations 9%.
-Les autres secteurs vont prendre environ 20 à 21 % de l'ensemble des ressources que je viens d'indiquer.
Nous avons un programme clair et chiffré que nous comptons réaliser. Ceci est d'autant plus crédible que nous avons fait des promesses que nous avons tenues. Nous sommes donc capables de tenir les nouvelles promesses que nous faisons aux électeurs.
Monsieur Issoufou Mahamadou, si vous êtes élu Président de la République, quelle serait la priorité de vos priorités sur l'ensemble du programme que vous venez de décliner ?

La priorité de mes priorités ne peut être que la priorité de mes huit (8) priorités. Je viens de les citer et le programme existe. J'invite les électeurs nigériens à le lire, à l'étudier en profondeur. Il y a la première priorité qui est la Renaissance Culturelle du pays qui doit porter les réformes et le développement économique et social du Niger avec un certain nombre de valeurs sur lesquelles nous allons mettre l'accent, à savoir les valeurs traditionnelles qui sont portées par nos religions ; les valeurs extérieures qui ont servi ailleurs comme supports de développement économique et social.
Nous avons aussi comme axe d'effort ou comme priorité, les Institutions. Cela a été l'objet d'un travail pendant le premier mandat. Nous allons poursuivre la consolidation des Institutions démocratiques et républicaines.
Je l'ai souvent dit, la meilleure invention de l'homme, la meilleure ce n'est pas l'avion, ce n'est pas le téléphone, ce ne sont pas les satellites. La meilleure invention de l'homme c'est l'Etat. C'est pour cela qu'il nous faut construire des Etats forts dans nos pays, en particulier au Niger. Il nous faut des institutions démocratiques très fortes, capables de garantir les libertés, mais aussi capables de garantir la sécurité, capable de maintenir l'ordre. A côté des libertés il faut aussi l'ordre. C'est pour cela que nous continuerons à travailler sur ce chantier en créant les conditions d'une meilleure gouvernance du pays sur le plan politique et sur le plan économique et autres. C'est un effort que nous avons déjà fait. J
Je voudrais rappeler ici qu'en ce qui concerne la bonne gouvernance politique, les gens oublient que le Niger est aujourd'hui un des pays le plus libre d'Afrique. Si je prends l'exemple de la liberté de la presse, nous étions 139ème en 2009. Aujourd'hui le Niger est 47ème. Nous avons gagné 47 rangs en 5 ans. C'est la preuve que des efforts ont été faits dans le sens du progrès démocratique du pays. C'est la même chose pour la gouvernance économique : nous étions classés 134ème du point de vue de la perception de la corruption de Transparency. Aujourd'hui nous sommes 99ème. C'est pour la première fois que le Niger occupe un rang à deux chiffres. Nous allons poursuivre ce chantier. Ce travail se fera à travers le renforcement des Institutions centrales, mais aussi, il se fera à travers des chantiers comme la Justice, l'Administration Territoriale, l'Administration Centrale. Même les citoyens seront concernés par le renforcement des institutions démocratiques et républicaines. C'est contenu dans le Programme de Renaissance 2.
L'autre priorité sur laquelle nous allons continuer à travailler, est la Sécurité. Elle est importante pour notre pays comme pour tout pays. Comme on le dit, « il n'y a pas de développement sans sécurité ». Or, nous sommes dans une zone sahélo-saharienne extrêmement menacée par le terrorisme et le crime organisé. Nous allons continuer à préparer nos Forces de Défense et de Sécurité. Nous allons renforcer leurs capacités opérationnelles, à renforcer les capacités de renseignement pour mieux anticiper et mieux prévenir les menaces. A moderniser nos Forces de Défense et de Sécurité.
Nous avons ensuite, les infrastructures. Le 29 janvier nous avons inauguré le tronçon de boucle ferroviaire Dosso-Niamey. Nous allons poursuivre cet effort. Nous allons également poursuivre les infrastructures routières, les routes bitumées comme les routes en terre pour désenclaver en particulier les centres de production agricole.
Nous allons aussi poursuivre sur le plan des infrastructures énergétiques. Le Barrage de Kandadji doit être achevé avant la fin de ce
second mandat. C'est l'objectif que nous nous sommes fixé. Il y a également la Centrale thermique de Saka Damna qu'on doit réaliser au cours de ce mandat.
Ensuite, nous avons les autres chantiers à savoir : l'école, la santé, l'accès à l'eau pour les populations, la création d'emplois pour les jeunes. Je voudrais mettre l'accent sur une chose. Je voudrais mettre l'accent sur ce que sera l'évolution du contexte macro-économique pendant ce mandat.
Par rapport au mandat précédent, aujourd'hui, le bilan que je peux en faire, c'est un bilan satisfaisant parce que nous avons géré l'économie du pays de telle sorte qu'on puisse respecter les grands équilibres macro-économiques. D'abord le taux de croissance que nous avions prévu de 7% pour 2011-2015, nous avons réalisé 6%. Nous avons pu contenir l'inflation à hauteur de 1% par rapport à l'objectif de 3%. Ce qui est important pour protéger les pouvoirs d'achat des ménages dans le pays et le taux de croissance auquel je fais allusion qui a permis de donner davantage de revenu aux couches sociales les plus défavorisées en réduisant la pauvreté.
Ce contexte macro-économique sera consolidé pendant le deuxième mandat. Aussi, pendant ce deuxième mandat, nous prévoyons une croissance de l'économie de 7%. Chaque année c'est un taux moyen sur chacune des années entre 2015 et 2021. Ce taux de croissance va être porté par un certain nombre de secteurs. Il va être porté par l'Initiative 3N. Il va être porté également par les infrastructures citées ci-haut. Ce taux de croissance sera porté aussi par les investissements directs, par les étrangers que nous allons attirer dans le pays, notamment en ce qui concerne les investissements dans les domaines de la recherche et de l'exploitation minière et pétrolière. Ce taux de croissance va être porté par l'exportation, l'accroissement du volume des exportations, notamment les exportations d'uranium parce qu'on pense pouvoir mettre en exploitation la grande mine d'Imouraren pendant le prochain mandat et également l'exportation du pétrole brut, parce qu'on pense pouvoir promouvoir l'exportation du pétrole brut au cours du présent mandat. Nous pensons aussi que l'autre facteur qui peut soutenir la croissance dans le pays pendant les prochaines années, c'est la consommation des ménages. C'est pour cela que nous avons une politique pour renforcer la classe moyenne dans le pays pour réduire la pauvreté comme je l'avais indiqué. Il s'agit de réduire la pauvreté de 45% en 2015 à 31% en 2021. Tout cela signifie que si le nombre de pauvres se réduit dans le pays, c'est la classe moyenne qui se renforce. Nous pensons pouvoir renforcer la classe moyenne, et cela permettra de porter la croissance dans le pays et comme indiqué, l'intérêt est politique, ça renforce aussi la stabilité des institutions.
Il y a beaucoup de priorités au Niger. Celui qui va vous dire la politique des priorités des priorités, c'est telle priorité ou telle priorité, je dis non. Moi j'ai huit (8) priorités que je vais traiter dans leur intégralité et dans leur ensemble. Elles sont aussi cohérentes. Par exemple, sans sécurité on ne peut rien faire. Sans ressources économiques, on ne peut pas non plus assurer la sécurité. Sans démocratie, nous allons régresser. C'est pour cela que je travaille sur ce triptyque : Sécurité, Démocratie, Développement. Or, ces priorités traversent ces triptyques. C'est pour cela que c'est un tout indissociable.
Je vous remercie.

Onep